Aujourd'hui, la petite Miho
n'a pas envie d'aller à l'école
et cherche tous les prétextes imaginables
pour rester au fond de son lit.
Pour quelle raison est-elle aussi réticente ?

nobinobi-Masuda-couvBD

"Dans sa classe, elle est assise à côté d'un horrible monstre vert à l'air malicieux : Masuda, qui la martyrise et se moque d'elle tout au long de la journée. Il trace une ligne à ne pas dépasser entre leurs deux bureaux. Il rapporte à la maîtresse quand elle compte sur ses doigts en cours de mathématiques. Il crie tout fort à la cantine qu'elle ne finit pas ses carottes. Il pavane en cours de sport alors qu'elle n'est pas douée à la corde à sauter. Bref, ce maudit Masuda fait de sa vie scolaire un enfer... Mais ce vilain garnement est-il vraiment aussi méchant qu'il en a l'air ?"


Cet album est paru en 1991 au Japon et en août 2012 en France. Il a obtenu de nombreux prix dont le Prix national du livre illustré au Japon. L'auteur, Miho TAKEDA qui a donné son prénom à l'héroïne du livre, est née en 1959 et a publié depuis plusieurs albums encore non traduits mais à chaque fois primés.

La couverture et le titre donnent le ton. Le lecteur comprend tout de suite qu'il y a un problème et identifie le narrateur : MON voisin Masuda.

Miho a peur d'aller à l'école. Masuda est son voisin en classe. Il est dur, moqueur, s'autorise des gestes violents. Il terorise Miho qui ne sait plus quel prétexte inventer pour ne pas aller à l'école : mal à la tête, au ventre, rhume;.. la peur de Masuda lui fait détester l'école.

Très vite, ce livre va faire écho au plus petits avec d'autres albums traitant du même thème :

IMG_5947      IMG_5948

Le récit est rythmé par l'angoisse montante de Miho. Le texte et les illustrations jouent entre la réalité et les points de vue des personnages. Miho observe en dehors des cadres les situations et va peu à peu apprivoiser ses peurs en percevant les choses différemment. 
La narration fait alterner une focalisation interne et un récit externe, plus BD, où les personnages dialogues à l'intérieur de cadres et de vignettes, dans des bulles.

Miho raconte. Elle dit ce qui la traverse : Je crois qu'aujourd'hui, je ne vais pas aller à l'école. Pourquoi ? Parce que j'ai mal à la tête. Ah non, plutôt au ventre.

nobinobi-Masuda_interieur-16-17  IMG_5944

C'est un album très riche avec une alternance d'illustrations jouant sur l'immobile et le mouvement, le dedans et le dehors, les regards des personnages, de dos ou de face... Les choses nous sont montrées à hauteur et à travers Miho pour une identification plus aisée.

IMG_5945

Le sens est donné parfois par le texte, parfois par l'image. L'alternance des techniques répond à l'alternance narrative : jeux sur la taille, les contrastes, les couleurs, l'épaisseur du trait. La solitude de Miho au milieu des autres enfants sur le chemin de l'école se passe de mots :

IMG_5943

Au moment de passer le portail de l'école, c'est le coeur de Miho qui bat si fort qu'il occupe les bulles narratives et qu'il rythme les pas lourds de Miho.

nobinobi-Masuda_interieur-30-31

A d'autres moments, des pleine-pages ralentissent l'action et focalisent sur un événement, toujours quand les deux personnages sont en présence :

nobinobi-Masuda_interieur-24-25

Plus complexe, l'auteur joue avec le cadre de l'image. Il donne ainsi à Miho un petit espace pour commenter, hors-champ la situation. Le lecteur trouve la distance nécessaire pour comprendre ce qui se joue sans être totalement happé par la situation angoissante :

IMG_5952  IMG_5954  IMG_5955

Sur la dernière vignette, c'est Miho elle-même qui s'affranchit de sa peur et quitte la scène.
Tout cela dans la bonne humeur, l'humour. Masuda et Miho vont grandir ensemble au fil de l'histoire et nous avons autant d'empathie pour ce petit Godzilla qui se révèle être un petit garçon qui ne sait pas y faire avec les autres, qu'avec cette petite fille courageuse qui va apprendre à résister et dire non.

A la fin de l'histoire, nous découvrons un Masuda repentant qui s'excuse et une Miho qui ne lui fait pas encore confiance. Une fin intéressante, ouverte. Quand on a été blessée, apeurée, malheureuse, on ne rend pas les armes si facilement. 
Les deux enfants s'éloignent, de dos, vers autre chose, la vie qui les attend. On pourra comparer ces images de fin avec d'autres albums :

IMG_5950

et s'amuser à rechercher avec eux dans leur bibliothèque tous ces personnages qui s'éloignent vers un ailleurs prometteur..ou pas, pour ouvrir de nouvelles discussions. Voici la fin du Voyage d'Orégon de Rascal chez Pastel :

IMG_5949

En conclusion, un livre riche, émouvant, complexe qui fera écho à beaucoup d'autres lectures. A partir de 3 ans jusqu'à..pas d'âge.

Mon voisin Masuda

écrit et illustré par Miho TAKEDA

Editeur : nobi nobi   août 2012     28 pages

Titre original : Tonari no seki no Masuda-kun

 

Titre original (kanji) : となりのせきのますだくん

traduit du japonais par : Fédoua LAMODIERE

 

Origine : JAPON

 

ISBN : 978-2-918857-17-4

BONUS : Mon vrai voisin Masuda

Quand je suis entrée à l'école primaire,
mon tout premier voisin de classe s'appelait
Masuda. C'était un petit garçon
très bizarre : à l'école,il n'arrêtait
pas de m'embêter, mais dès la fin des cours,
il venait me chercher devant la porte
de chez moi pour qu'on joue ensemble.
Je me demande bien ce qu'il est devenu...
Sans doute quelqu'un de remarquable, à mon avis !

Miho TAKEDA