Si l'on veut bien me croire qu'à plus de quatre-vingt-dix ans, elle collectionnait les figurines et les petits jouets que l'on trouve dans les oeufs surprises en chocolat, qu'elle en possédait des centaines, qu'elle exposait sur des étagères spécialement dédiées à cet effet; si l'on veut bien me croire qu'elle s'en faisait acheter par douzaines, brûlant d'impatience d'en retirer le papier d'argent, dans l'espoir, à chaque fois renouvelé, que de nouvelles surprises viendraient encore enrichir sa collection; si l'on veut bien se la représenter, assise derrière cette montagne de coquilles de chocolat brisées, occupée à assembler ses joujoux de ses doigts tremblotants; si l'on veut bien se donner la peine d'imaginer cela, alors on ne s'étonnera pas, non plus, que losqu'un terme fut mis à ses enfantillages, ses héritiers...


libellules

Joël Egloff, prix du Livre Inter en 2005 avec L'étourdissement,
nous livre un recueil de 25 nouvelles.
Des scènes tendres et cruelles, drôles, émouvantes
qui nous questionnent sur la mort d'un enfant,
sur le temps qui passe curieusement,
sur cette voisine qui secoue depuis des années son linge à la fenêtre.
L'enfance, la vieillesse, l'attente devant la boîte aux lettres,
vont être visitées par un unique narrateur qui pose un regard nostalgique,
complice, bienveillant sur tous ces hommes et femmes
qui traversent le monde sur un fil.
Alors, posez sur eux un regard de photographe,
mettez en fond sonore les gymnopédies de Satie
et regardez-les vivre. C'est poétique et bouleversant.

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Pour écouter Joël Egloff parler de ses livres :

http://www.dailymotion.com/video/xs9847_joel-egloff-libellules_news#from=embediframe

Quand j'ai vu qu'on recherchait, en Angleterre, un plombier pour une station antarctique, je me suis dit que ça pouvait pas mieux tomber, parce que ce jour-là, justement, pour différentes raisons, j'avais une furieuse envie de m'en aller passer quelques années, voire le restant de mes jours, en Antarctique.

Et puis je me suis souvenu que je n'étais pas plombier, et que je parlais à peine anglais, alors j'ai su que c'était pas du tout cuit, et pour tout dire, que c'était même perdu d'avance. Et jamais j'ai tant regretté que ce jour-là de ne pas avoir fait de la plomberie, parce que j'aurais pas hésité à postuler sinon, pas une seconde, et si ça se trouve, à l'heure qu'il est, je me ferais moins suer, et au lieu de m'esquinter à essayer de faire des phrases, je serais bien peinard au grand air, assis sur la banquise, à trier mes joints en sifflotant, les rouges avec les rouges, les noirs avec les noirs.

"Une expérience des systèmes de chauffage central serait très appréciée", disait l'annonce. Tout à fait mon profil, en plus, si j'avais été plombier.

Allez vite lire la suite des aventures du narrateur sur la banquise au milieu des manchots.Entre histoire d'amour, rêve et réalité, chaud et froid, le dialogue intérieur du narrateur vous ravira.