Robert McLiam Wilson est un écrivain irlandais, né à Belfast en 1964. Catholique, irlandais, il s'est fait connaître en publiant Ripley Bogle en 1988, romman plusieurs fois couronné en GB, autobiographie romancée d'un SDF vivant à Londres, menteur, arrogant et flamboyant.
Depuis, l'auteur de retour en Irlande, est chargé de cours à l'Université d'Ulster.

Vous retrouverez ces autres romans chez 10/18 ou Points seuil : La douleur de Manfred, Ripley Bogle, Eureka street et les dépossédés.

couverture

 

J'étais passée à côté d'Eureka Street et puis j'ai découvert l'auteur lors des dernières rencontres littéraires de la MEET à St-Nazaire.
J'ai lu Eureka Strret et j'en suis sortie abasourdie. Un livre choral, foisonnant, drôle, cynique... dont le personnage central est la ville, Belfast.

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- [...] les villes sont des carrefours d'histoires. Les hommes et les femmes qui y vivent sont des récits, infiniment complexes et intrigants. Le plus banal d'entre eux constitue un récit plus palpitant que les meilleures et les plus volumineuses créations de Tolstoï. Il est impossible de rendre toute la grandeur et toute la beauté de la moindre heure de la moindre journée du moindre citoyen de Belfast. Dans les villes, les récits s'imbriquent et s'imbriquent . Les histoires se croisent. Elles se heurtent, convergent et se transforment. Elles forment une Babel en prose.

L'auteur, issu d'un quartier ouvrier et catholique nous plonge dans le Belfast des années 90. Il nous entraîne à la suite d'une dizaine de personnages d'âges, religions et conditions sociales différentes. Les points de vue se croisent entre humour, désespoir et tendresse. Les amours sont glauques, les bombes explosent sur nos pieds et nous traînons toute la nuit dans les rues avec des gamins sans âge, éperdus.

Jusqu'à Eureka Street, frangine des quartiers de Dickens, concentré des dérives politiques et sociales d'un pays et des rêveries utopiques d'un peuple dont chaque individu, totalement dévasté et impuissant tente d'échapper à la solitude, au déchirement de la guerre civile et aux côtés les plus sombres de l'humanité.

Ils ont besoin de projets pour continuer à vivre, tournent en rond seul ou en groupe et ruminent leur incapacité à mettre quoi que ce soit en jeu. Le fatalisme est assis au coin de la rue et c'est tout le poids d'un pays, de la famille, des amis qui cloue nos personnages au sol de Belfast et aux comptoirs de ses pubs.

 - Il y a des nuits où vous frisez la trentaine et où la vie semble terminée. Où il vous semble que vous n'arriverez jamais à rien et que personne n'embrassera plus jamais vos lèvres.

Ils ont honte. Tous. Honte de ne rien faire, de boire, de traîner, de ne pas savoir garder leurs femmes, de se coucher tôt, de ne pas dormir, d'avoir peur des flics et des poseurs de bombes, honte des regards qu'ils posent sur les femmes, des mots qu'ils lâchent sur elles.
Et ils s'ennuient.
 Des personnages qui s'observent. Se regardent vivre, ne rien faire, piétiner les trottoirs d'Eureka Street, reculer. Ils se regardent dans le miroir des pubs, dans les vitrines des magasins, dans les yeux des filles ou le regard des copains. Et puis dans les silences de leurs mères.

 - Peut être qu'un jour une autre femme, une autre présence endormie me redonnera cette émotion et que je penserai ne l'avoir jamais vécue. Je ne sais pas et je m'en moque. Le monde est vaste et il y a place pour toute sorte de fins et un nombre infini de commencements.
Je m'en moque parce que ceci me suffit.


Un livre profondément intelligent
où chaque mot est nécessaire.
Toutes les phrases existent et disent l'essentiel.
Impossible d'enlever ou changer quoi que ce soit,
tout fait sens dans cette comédie humaine irlandaise.
Tout nous crie l'envie d'être de ces personnages,
leurs ambitions quasi littéraires et poétiques
à vivre dans leur ville, des amours tranquilles
avec un peu d'argent gagné presque honnêtement.
Pas des aventuriers.
Juste des hommes qui doivent faire
avec une histoire et une géographie
qui les dépassent et qui n'y arrivent pas.

- Il y avait trois versions fondamentales de l'histoire irlandaise : la républicaine, la loyaliste, la britannique. Toutes étaient glauques, toutes surestimaient le rôle d'Oliver Cromwell, le vioque à la coupe de cheveux foireuse. J'avais pour ma part une quatrième version à ajouter, la Version Simple : pendant huit siècles, pendant quatre siècles, comme vous voudrez, c'était simplement tout un tas d'irlandais qui tuaient tout un tas d'autres irlandais.

J'ai commencé à faire une petite liste des livres les plus importants lus en 2012. Comment n'en garder que 5. Dur. Il y aurait Le Turquetto de Metin Arditti, Le sermon sur la chute de Rome, de Ferrari et, sûr, Eureka Street.

Bonne lecture

Christine H.