William TREVOR est né en 1928 à Dublin. Ecrivain majeur en Irlande, il reste assez méconnu chez nous malgré une oeuvre prolifique (nouvelles, romans, théâtre, scénario) et l'excellent travail de son éditeur Phébus.

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J'ai prêté et reprêté Mauvaises nouvelles
et Très mauvaises nouvelles

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Là, nous avons un roman, Cet été-là

 

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dans la veine du très tchékovien
"En attendant Tourgueniev", paru en 2001.

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Des paysages mélancoliques, des personnages ordinaires, intemporels, un peu de pluie, un été d'ennui qui s'éternise, un passé lourd, des sentiments confus. Il ne se passe pas grand chose à Rathmoye dans les années 50. Et pourtant, un jeune photographe est surpris à prendre des clichés dans le cimetière de la ville pendant un enterrement. Les gens s'inquiètent, s'épient, se mettent à parler. On entre dans les maisons, dans les cuisines, dans les chambres. et le temps de cet été-là, une histoire d'amour va se développer, en se cachant des regards, vite contrariée sur fond de honte et de culpabilité.

Certains êtres ne sont que de passage dans cette histoire et pourtant, nous nous y attachons, nous les regardons s'aimer ou se détester secrètement. Comme eux, nous essayons de ne pas être trop tristes parce que cela ne sert à rien. Les gens vivent, meurent, les maisons sont vidées, les enfants se disputent ou s'ignorent.

Il ne se passait rien à Rathmoye, disaient ses habitants, mais la plupart d'entre eux continuait à y vivre."

Gens de Rathmoye, la filiation à Joyce est explicite. La narration est solide, puissante et dit l'amour et le renoncement.

Ellie, orpheline mariée par les soeurs à un fermier veuf et plus âgé va aimer le photographe. Lui, vide la maison de ses parents, aime Ellie et ne veut qu'une chose, partir loin, avec elle ou sans elle. Autour d'eux, la ville respire et les observe.
Trévor aime ses personnages, les regarde évoluer et les abandonne, nous laissant aussi désemparés qu'eux.

Il la regarda partir, de petits nuages de poussière s'élevant là où les roues du vélo dérangeaient la surface desséchée de la piste. Elle ne se retourna pas, ainsi qu'elle eût pu le faire. Ce n'était pas son genre; il l'avait déjà compris. L'étroit chemin vicinal se rétrécit encore et elle disparut à sa vue.

Florian finira par partir. Il l'aurait détruite, dit-il. Sans en avoir la moindre intention, il l'aurait pourtant détruite. Il le savait, comme on sait parfois les choses sans pouvoir les expliquer. - Si les gens s'enfuient, c'est pour être seuls, reprit-il. Certaines personnes ont besoin d'être seules. C'est un bien piètre adieu, s'excusa-t-il... D'un moment à l'autre, de la lumière allait apparaître aux fenêtres de la maison, pensa-t-elle. D'un moment à l'autre on allait l'appeler, la porte de derrière allait s'ouvrir à la volée. Cela comptait plus que la compréhension. Cela comptait plus que tout; c'était tout ce qui comptait. Elle savait que c'était ainsi, et pourtant, elle serait quand même partie avec lui.

Auteur : William Trevor
Traducteur : Bruno Boudard
Editeur : Phebus
Prix : 21 euros
Parution : 05/04/2012
ISBN : 2752905777