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Pour entrer chez Annie Saumont, il y a d'abord
les titres de ses livres :

Encore une belle journée
Autrefois, le mois dernier
Qu'est-ce qu'il y a dans la rue qui t'intéresse tellement ?
C'est rien, ça va passer
Les voilà, quel bonheur
Moi les enfants, j'aime pas tellement
Si on les tuait ?
Koman sa sécri émé
...

Après, il y a les titres de ses nouvelles :
Un si beau parterre de pétunia
Dans le placard
Dimanche
La bataille de Clontarf
Alors le ciel
...

Il y a aussi le style, précis, obstiné, minimaliste. Une économie de moyens qui cache une grande maîtrise et un travail de relecture et de réécriture continu. Reprise des textes, nettoyage, l'auteur a fait son travail, au lecteur de faire le sien pour débusquer les failles, les blancs du texte et ce qui se cache derrière l'essentiel.

Depuis longtemps, elle se consacre à l'écriture de nouvelles. Un genre qu'elle a défini : "Un texte court avec une intensité dramatique forte, une chute définitivement fermée et des événements qui ne se racontent pas tous; il revient au lecteur de reconstruire les passages manquants. Ce sont des oeuvres qui ne permettent aucune erreur, où chaque mot n'a qu'une place possible, celle qu'il occupe."

Dans le dernier recueil, Un si beau parterre de pétunia, nous retrouvons cette profonde tendresse pour les personnages, hommes, femmes, enfants, malheureux ou défaillants, sur le fil de la solitude, de l'abandon, de la vieillesse, de l'ennui. Ils n'ont pas ou plus la parole et quand ils parlent, on ne les écoute pas. Certains appelent au secours, d'autres attendent alors que le lecteur sait déjà que la chute est inéluctable.
19 nouvelles dans celui-ci. 11 inédites, les autres ontdéjà été publiées mais trouve-là une nouvelle place par voisinage.

Ma préférée ? La bataille de Clontarf pour l'écriture, les points de vue, la langue, l'enfance déchirée. La syntaxe accompagne les bouleversements des récits et ceux plus intimes, des personnages. La ponctuation disparaît, les phrases restent en suspens.
"Annie Saumont fouille le terreau intime, s'aventure dans l'inconscient. Montrant peu, ne démontrant presque rien, mais suggérant beaucoup de ces existences tellement au bord du désastre qu'il leur arrive de basculer."  J.C Lebrun

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C'est ce que nous cherchons et redoutons en lisant A. Saumont. A quel moment les choses vont-elles basculer ? Les vies des personnages vont-elles se fondre dans la tragédie ou dans une comèdie à l'ironie glaçante ? Et nous restons assis au bord du précipice à les regarder tomber, attendant notre tour.

Elle a beaucoup souffert de la mort du petit teckel jaune. Chacun au village a oublié le teckel asthmatique, mais personne ne reste insensible à la beauté des pétunias. Pour les jardiniers de Saint-Précillois c'est l'admiration et l'envie. Ils montrent envers les fleurs une dévotion profonde. Sur tout le territoire de cette commune on consacre les loisirs à orner son jardin. A l'exception du père Laby qui a travaillé chez un duc nanti d'un parc de cinq hectares et affiche un mépris certains pour la floraison des non-professionnels.
extrait de Un si beau parterre de pétunias.

Pour écouter Annie Saumont parler de ses livres :

La grande librairie