Portuaires

20 août 2013

Rentrée

Encore quelques jours et Portuaires rouvrira ses portes.
Des compte-rendus de lecture, des conseils,
des visites...
On se retrouve tout début septembre
A très vite

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Isaac Cordal
(oeuvre visible dans les douves du château de Nantes)

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12 juin 2013

Auteur, lecteurs dans la ville : Michele Lesbre

Auteur, lecteurs dans la ville est un comité de lecteurs nazairiens (et de lectrices nazairiennes),émanant de deux associations :

- L'Ecrit parle, association destinée à promouvoir la littérature dans la ville de Saint-Nazaire à travers des rencontres d'auteurs, des lectures apéritives et un salon jeunesse qui en sera en décembre 2013 à sa 7ème édition.

- La Meet, maison des écrivains étrangers et des traducteurs qui reçoit des écrivains en résidence.

Les lecteurs ont invité demain soir
Michèle LESBRE
à l'occasion de la sortie de son douxième livre

ecoute-pluie

"Puis le ronflement sourd de la rame qui s'approchait à grande vitesse a provoqué un frémissement parmi les rares voyageurs. Le vieil homme s'est tourné vers moi avec toujours ce sourire limpide, j'ai cru qu'il allait me demander quelque chose, mais il a sauté sur les rails comme un enfant qui enjambe un buisson, avec la même légèreté."

Avec ce roman dense et bouleversant, Michèle Lesbre poursuit une oeuvre lumineuse qu'éclaire le sentiment du désir et l'urgence de vivre. (note de l'éditeur).

Macha Séry - Le Monde du 7 février 2013

Ecoute la pluie, le douzième livre de Michèle Lesbre, entonne le refrain des thèmes chers à la romancière : l'ombre portée de l'Histoire, l'empreinte indélébile laissée par les lieux et les cieux, les années qui dissolvent l'espérance, le fait aussi qu'il n'est jamais trop tard. Il y a là une magnifique justesse de ton qui tient à la retenue autant qu'à l'aveu. Une écriture simple et évidente, un précipité chimique dont les effets se prolongent, une fois le roman achevé.

La revue de presse : Christine Ferniot - Lire, avril 2013
Mélancolique et pourtant volontaire, Michèle Lesbre écrit des odes minuscules à la vie, sa fragilité et ses mystères. Elle nous murmure qu'il faut réinventer les gestes et les mots et nous propose des rendez-vous inattendus et enchanteurs dans chacun de ses livres...

 

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à demain

06 juin 2013

Tiens, c'est pour toi

Une réédition bien venue, un format plus efficace,
dans la petite collection Tête de Lard
chez Thierry Magnier.
Un indispensable pour toutes mes copines maîtresses d'école.

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Le narrateur est peut-être l'enfant du livre,
il est peut-être aussi l'adulte, illustrateur,
(l'auteur ?)
qui l'observe dessiner.
Il est certainement le lecteur qui regarde et commente.

Une petite fille dessine. Assise, par terre, à plat ventre.
Antonin Louchard nous la présente avec une simplicité apparente du dessin, à hauteur d'enfant et avec un propos plus complexe qu'il n'y paraît. La dédicace au dos du livre annonce la couleur :

À tous les enfants qui débordent

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C'est dur de dessiner. il faut s'appliquer, choisir la bonne couleur, se concentrer, prendre conseil, savoir s'arrêter, se reposer, recommencer... et ne pas s'énerver, pour ne pas déborder.

On les connaît ces enfants qui ne savent pas choisir, hésitent, ont du mal à se concentrer, en ont vite assez, ces enfants qui débordent dans la vie, la classe, à la maison et pas seulement sur leur feuille. Ceux qui finalement, aidés par l'écoute et la bienveillance de l'adulte réussissent à être fier d'eux et à donner, offrir leur dessin.

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Un livre qui va permettre d'interroger avec les enfants, même les plus grands, les processus de création et d'apprentissage. Une réussite confirmée par les petites oreilles auxquelles j'ai confié cette histoire : "Encore !". Un peu d'estime de soi chez les petits.

Antonin Louchard dit vouloir proposer de "vraies histoires aux enfants, des livres de climats et d'atmosphères, des ponts entre les gens, les tranches d'âges et les classes sociales." Suivez-le dans ce livre et dans la collection qu'il dirige chez Thierry Magnier, Tête de Lard.

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Tiens c'est pour toi
Antonin Louchard
Editions Thierry Magnier
6,60 euros, cartonné
avril 2013

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23 mai 2013

Annie Saumont

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Pour entrer chez Annie Saumont, il y a d'abord
les titres de ses livres :

Encore une belle journée
Autrefois, le mois dernier
Qu'est-ce qu'il y a dans la rue qui t'intéresse tellement ?
C'est rien, ça va passer
Les voilà, quel bonheur
Moi les enfants, j'aime pas tellement
Si on les tuait ?
Koman sa sécri émé
...

Après, il y a les titres de ses nouvelles :
Un si beau parterre de pétunia
Dans le placard
Dimanche
La bataille de Clontarf
Alors le ciel
...

Il y a aussi le style, précis, obstiné, minimaliste. Une économie de moyens qui cache une grande maîtrise et un travail de relecture et de réécriture continu. Reprise des textes, nettoyage, l'auteur a fait son travail, au lecteur de faire le sien pour débusquer les failles, les blancs du texte et ce qui se cache derrière l'essentiel.

Depuis longtemps, elle se consacre à l'écriture de nouvelles. Un genre qu'elle a défini : "Un texte court avec une intensité dramatique forte, une chute définitivement fermée et des événements qui ne se racontent pas tous; il revient au lecteur de reconstruire les passages manquants. Ce sont des oeuvres qui ne permettent aucune erreur, où chaque mot n'a qu'une place possible, celle qu'il occupe."

Dans le dernier recueil, Un si beau parterre de pétunia, nous retrouvons cette profonde tendresse pour les personnages, hommes, femmes, enfants, malheureux ou défaillants, sur le fil de la solitude, de l'abandon, de la vieillesse, de l'ennui. Ils n'ont pas ou plus la parole et quand ils parlent, on ne les écoute pas. Certains appelent au secours, d'autres attendent alors que le lecteur sait déjà que la chute est inéluctable.
19 nouvelles dans celui-ci. 11 inédites, les autres ontdéjà été publiées mais trouve-là une nouvelle place par voisinage.

Ma préférée ? La bataille de Clontarf pour l'écriture, les points de vue, la langue, l'enfance déchirée. La syntaxe accompagne les bouleversements des récits et ceux plus intimes, des personnages. La ponctuation disparaît, les phrases restent en suspens.
"Annie Saumont fouille le terreau intime, s'aventure dans l'inconscient. Montrant peu, ne démontrant presque rien, mais suggérant beaucoup de ces existences tellement au bord du désastre qu'il leur arrive de basculer."  J.C Lebrun

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C'est ce que nous cherchons et redoutons en lisant A. Saumont. A quel moment les choses vont-elles basculer ? Les vies des personnages vont-elles se fondre dans la tragédie ou dans une comèdie à l'ironie glaçante ? Et nous restons assis au bord du précipice à les regarder tomber, attendant notre tour.

Elle a beaucoup souffert de la mort du petit teckel jaune. Chacun au village a oublié le teckel asthmatique, mais personne ne reste insensible à la beauté des pétunias. Pour les jardiniers de Saint-Précillois c'est l'admiration et l'envie. Ils montrent envers les fleurs une dévotion profonde. Sur tout le territoire de cette commune on consacre les loisirs à orner son jardin. A l'exception du père Laby qui a travaillé chez un duc nanti d'un parc de cinq hectares et affiche un mépris certains pour la floraison des non-professionnels.
extrait de Un si beau parterre de pétunias.

Pour écouter Annie Saumont parler de ses livres :

La grande librairie

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17 mai 2013

Cet été là

William TREVOR est né en 1928 à Dublin. Ecrivain majeur en Irlande, il reste assez méconnu chez nous malgré une oeuvre prolifique (nouvelles, romans, théâtre, scénario) et l'excellent travail de son éditeur Phébus.

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J'ai prêté et reprêté Mauvaises nouvelles
et Très mauvaises nouvelles

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Là, nous avons un roman, Cet été-là

 

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dans la veine du très tchékovien
"En attendant Tourgueniev", paru en 2001.

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Des paysages mélancoliques, des personnages ordinaires, intemporels, un peu de pluie, un été d'ennui qui s'éternise, un passé lourd, des sentiments confus. Il ne se passe pas grand chose à Rathmoye dans les années 50. Et pourtant, un jeune photographe est surpris à prendre des clichés dans le cimetière de la ville pendant un enterrement. Les gens s'inquiètent, s'épient, se mettent à parler. On entre dans les maisons, dans les cuisines, dans les chambres. et le temps de cet été-là, une histoire d'amour va se développer, en se cachant des regards, vite contrariée sur fond de honte et de culpabilité.

Certains êtres ne sont que de passage dans cette histoire et pourtant, nous nous y attachons, nous les regardons s'aimer ou se détester secrètement. Comme eux, nous essayons de ne pas être trop tristes parce que cela ne sert à rien. Les gens vivent, meurent, les maisons sont vidées, les enfants se disputent ou s'ignorent.

Il ne se passait rien à Rathmoye, disaient ses habitants, mais la plupart d'entre eux continuait à y vivre."

Gens de Rathmoye, la filiation à Joyce est explicite. La narration est solide, puissante et dit l'amour et le renoncement.

Ellie, orpheline mariée par les soeurs à un fermier veuf et plus âgé va aimer le photographe. Lui, vide la maison de ses parents, aime Ellie et ne veut qu'une chose, partir loin, avec elle ou sans elle. Autour d'eux, la ville respire et les observe.
Trévor aime ses personnages, les regarde évoluer et les abandonne, nous laissant aussi désemparés qu'eux.

Il la regarda partir, de petits nuages de poussière s'élevant là où les roues du vélo dérangeaient la surface desséchée de la piste. Elle ne se retourna pas, ainsi qu'elle eût pu le faire. Ce n'était pas son genre; il l'avait déjà compris. L'étroit chemin vicinal se rétrécit encore et elle disparut à sa vue.

Florian finira par partir. Il l'aurait détruite, dit-il. Sans en avoir la moindre intention, il l'aurait pourtant détruite. Il le savait, comme on sait parfois les choses sans pouvoir les expliquer. - Si les gens s'enfuient, c'est pour être seuls, reprit-il. Certaines personnes ont besoin d'être seules. C'est un bien piètre adieu, s'excusa-t-il... D'un moment à l'autre, de la lumière allait apparaître aux fenêtres de la maison, pensa-t-elle. D'un moment à l'autre on allait l'appeler, la porte de derrière allait s'ouvrir à la volée. Cela comptait plus que la compréhension. Cela comptait plus que tout; c'était tout ce qui comptait. Elle savait que c'était ainsi, et pourtant, elle serait quand même partie avec lui.

Auteur : William Trevor
Traducteur : Bruno Boudard
Editeur : Phebus
Prix : 21 euros
Parution : 05/04/2012
ISBN : 2752905777

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19 avril 2013

Dictionnaire fou du corps

9782364741508

Voici un réjouissant vrai faux dictionnaire anatomique, à la fois très sérieux et très fou, instrument de connaissance et invitation au rire bienfaisant.

Sérieux, car il propose 801 articles consacrés au corps de près ou de loin, des définitions anatomiques,  des citations et des reproductions d’anciennes planches anatomiques. Très fou car certains mots sont de pures inventions (la cicatriste, par exemple) et les  définitions sont parfois sérieuses, validées scientifiquement, reconnaissables alors à un logo spécifique, parfois farfelues, poétiques,  jouant avec les mots, les expressions, déjouant les clichés, les tabous liés au corps, ou exprimant une vision poétique  de façon imagée, malicieuse (voir : nombril : personnage central de l’abdomen, qui s’y croit seul et unique…ou : nez, appendice à trous au design plus ou moins réussi, situé (hélas) en pleine face….).

Les définitions farfelues, parfois provocatrices, toujours drôles, n’en sont pas moins très réfléchies, et aiguillonnent la pensée. L’article « Femme » est ainsi très drôle et assez engagé.

Les citations venant à l’appui des définitions sont le plus souvent fantaisistes, leurs auteurs improbables, mais lorsqu’elles sont authentiques, le lecteur en est informé !

Ceux qui voudront « chercher les mots de l’Interdit » comme le précise la quatrième de couverture

trouveront bien entendu de quoi satisfaire leur curiosité mais le propos de l’ouvrage dépasse cet argument publicitaire grâce à la vision du corps libérée, heureuse et  réjouissante affirmée par Katy COUPRIE dans les textes comme dans les illustrations.

Ces dernières, très colorées, diversifiées, envahissent littéralement l’ouvrage et lui donnent une tonalité joyeuse et créative, jubilatoire : des planches en pleine page, en quadrichromie, des gravures à l’eau forte, des dessins, des croquis, des ornements graphiques, typographiques, confirment la dimension poétique et humoristique (page 12, la cage thoracique à oiseau, cas rare…) de ce dictionnaire, pétri de  références culturelles, littéraires et plastiques, qui enrichissent encore l’univers de connaissance et la divagation poétique.

C’est donc un vrai dictionnaire, et un jeu avec le savoir, avec la langue, avec les tabous éducatifs et sociaux liés au corps, avec la culture, un jeu avec les mots et les images, tout en clins d’œil et en connivences, un jeu savant qui donne à voir et à apprendre autant qu’à rire : un vrai régal !

Dictionnaire fou du corps
Katy COUPRIE
éditeur : Thierry Magnier
novembre 2012 / 21,5 x 26 cm / 248 pages
ISBN 978-2-36474-150-8
prix indicatif : 33.00 €

Un peu plus loin : ils en ont parlé à La tête au carré sur France Inter :
http://www.franceinter.fr/emission-l-attrape-livres-le-dictionnaire-fou-du-corps
et puis, une chouette vidéo de présentation sur le site de l'éditeur :
http://www.editions-thierry-magnier.com/livre.php?isbn=9782364741508

Catherine A.

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07 avril 2013

Maître des brumes

Finn et Clara étaient frère et soeur.
Ils vivaient avec leurs parents en Irlande,
dans un petit village de pêcheurs,
sur une île coupée du monde.

 

Maitre-des-brumes-Tomi-Ungerer

Dans la brume des publications jeunesse actuelles, on reconnaît tout de suite le livre qui va nous embarquer beaucoup plus loin que les autres.
Qui savait que Tomi Ungerer avait sorti cet album ? Sophie Van Der Linden parle d'un "quasi silence étourdissant" autour de cette édition à l'Ecole des Loisirs.

Depuis 1970, T. Ungerer, alsacien vivant à New-York, s'installe avec sa famille en Irlande et pour la première fois, il nous livre ce pays dans Le Maître des Brumes avec ses paysages, l'océan, les falaises, les îles, ses habitants et les brumes grises qui entourent sa ferme. Une Irlande intemporelle et légendaire qu'il remercie dans la dédicace :

Ce livre est dédié à l'Irlande et à tous les gens
qui nous ont accueillis à coeur ouvert.

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On y retrouve les thèmes chers à Tomi Ungerer, les enfants, le rêve, l'aventure, le mystère. Mais aussi, comme dans les trois brigands, le courage et la bienveillance des personnages qui font écho à la tendresse de l'auteur pour eux.La vie est simple, douce. Les gens sont pauves et souriants, aimants. On vit avec les bêtes, on découpe la tourbe pour se chauffer et on se rassemble et se resserre le soir pour lire, coudre, parler ensemble. La chaleur des sentiments contraste avec la grisaille des ciels, des murs et de la mer.

"Le père passait ses journées en mer.
La mère s'occupait de la ferme,
Finn et Clara l'aidaient de leur mieux.
La famille était pauvre mais ils ne manquaient de rien."

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La mer est dangereuse et les parents ont peur pour leurs enfants qui vont braver les interdits et partir pour L'île aux Brumes, sinistre îlot qui "transperçait l'horizon comme une vieille dent de sorcière." Au creux de la brume grise et troublante,après avoir dérivé longtemps, ils vont rencontrer le Maître des Brumes, vieux sage qui va les faire se pencher sur les entrailles de la terre et les aider à rentrer chez eux.

Parallèlement à l'aventure, c'est la vie quotidienne des enfants qui nous est présentée à travers le texte et dans des illustrations pleine page sur calque, au pastel gras et encre noire, véritables tableaux profonds et élégants.

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Les thèmes et le message sont toujours les mêmes chez l'auteur. L'enfance, les peurs des adultes, la confiance des enfants dans la vie et la poésie des mots, des lieux et des histoires. Cette poésie, on la retrouve dans tout l'album, dans les éléments qui se déchaînent autour des enfants, dans "le silence cotonneux", dans "la lune qui inonde la grève d'une lumière laiteuse" et dans les chants fredonnés dans "des langues oubliées".
Un voyage éblouissant, une rêverie chaleureuse 
et une leçon de bonheur simple écrit et dessiné avec subtilité et douceur.

C'est l'occasion de rouvrir avec les enfants les autres livres de Tomi Ungerer, de trouver les liens entre eux et d'aller chercher chez d'autres des mises en réseau, des cousinages qui feront plaisir au lecteur : "L'île du Monstril" d'Y. Pommaux, pour la transgression, les enfants aventuriers et le mythe de l'île, "Pétronille et ses 120 petits" de C. Ponti pour une nature aussi étrange que bienveillante où les rochers ont aussi des yeux et protègent les enfants.

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Un album essentiel.

Auteur : Tomi Ungerer

Illustrateur : Tomi Ungerer

Traducteur : Florence Seyvos

Editeur : Ecole des Loisirs (L')

Mars 2013 - 13.70 Euros

Album à partir de 6 ans

ISBN : 9782211213424

 

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06 février 2013

Eureka Street

Robert McLiam Wilson est un écrivain irlandais, né à Belfast en 1964. Catholique, irlandais, il s'est fait connaître en publiant Ripley Bogle en 1988, romman plusieurs fois couronné en GB, autobiographie romancée d'un SDF vivant à Londres, menteur, arrogant et flamboyant.
Depuis, l'auteur de retour en Irlande, est chargé de cours à l'Université d'Ulster.

Vous retrouverez ces autres romans chez 10/18 ou Points seuil : La douleur de Manfred, Ripley Bogle, Eureka street et les dépossédés.

couverture

 

J'étais passée à côté d'Eureka Street et puis j'ai découvert l'auteur lors des dernières rencontres littéraires de la MEET à St-Nazaire.
J'ai lu Eureka Strret et j'en suis sortie abasourdie. Un livre choral, foisonnant, drôle, cynique... dont le personnage central est la ville, Belfast.

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- [...] les villes sont des carrefours d'histoires. Les hommes et les femmes qui y vivent sont des récits, infiniment complexes et intrigants. Le plus banal d'entre eux constitue un récit plus palpitant que les meilleures et les plus volumineuses créations de Tolstoï. Il est impossible de rendre toute la grandeur et toute la beauté de la moindre heure de la moindre journée du moindre citoyen de Belfast. Dans les villes, les récits s'imbriquent et s'imbriquent . Les histoires se croisent. Elles se heurtent, convergent et se transforment. Elles forment une Babel en prose.

L'auteur, issu d'un quartier ouvrier et catholique nous plonge dans le Belfast des années 90. Il nous entraîne à la suite d'une dizaine de personnages d'âges, religions et conditions sociales différentes. Les points de vue se croisent entre humour, désespoir et tendresse. Les amours sont glauques, les bombes explosent sur nos pieds et nous traînons toute la nuit dans les rues avec des gamins sans âge, éperdus.

Jusqu'à Eureka Street, frangine des quartiers de Dickens, concentré des dérives politiques et sociales d'un pays et des rêveries utopiques d'un peuple dont chaque individu, totalement dévasté et impuissant tente d'échapper à la solitude, au déchirement de la guerre civile et aux côtés les plus sombres de l'humanité.

Ils ont besoin de projets pour continuer à vivre, tournent en rond seul ou en groupe et ruminent leur incapacité à mettre quoi que ce soit en jeu. Le fatalisme est assis au coin de la rue et c'est tout le poids d'un pays, de la famille, des amis qui cloue nos personnages au sol de Belfast et aux comptoirs de ses pubs.

 - Il y a des nuits où vous frisez la trentaine et où la vie semble terminée. Où il vous semble que vous n'arriverez jamais à rien et que personne n'embrassera plus jamais vos lèvres.

Ils ont honte. Tous. Honte de ne rien faire, de boire, de traîner, de ne pas savoir garder leurs femmes, de se coucher tôt, de ne pas dormir, d'avoir peur des flics et des poseurs de bombes, honte des regards qu'ils posent sur les femmes, des mots qu'ils lâchent sur elles.
Et ils s'ennuient.
 Des personnages qui s'observent. Se regardent vivre, ne rien faire, piétiner les trottoirs d'Eureka Street, reculer. Ils se regardent dans le miroir des pubs, dans les vitrines des magasins, dans les yeux des filles ou le regard des copains. Et puis dans les silences de leurs mères.

 - Peut être qu'un jour une autre femme, une autre présence endormie me redonnera cette émotion et que je penserai ne l'avoir jamais vécue. Je ne sais pas et je m'en moque. Le monde est vaste et il y a place pour toute sorte de fins et un nombre infini de commencements.
Je m'en moque parce que ceci me suffit.


Un livre profondément intelligent
où chaque mot est nécessaire.
Toutes les phrases existent et disent l'essentiel.
Impossible d'enlever ou changer quoi que ce soit,
tout fait sens dans cette comédie humaine irlandaise.
Tout nous crie l'envie d'être de ces personnages,
leurs ambitions quasi littéraires et poétiques
à vivre dans leur ville, des amours tranquilles
avec un peu d'argent gagné presque honnêtement.
Pas des aventuriers.
Juste des hommes qui doivent faire
avec une histoire et une géographie
qui les dépassent et qui n'y arrivent pas.

- Il y avait trois versions fondamentales de l'histoire irlandaise : la républicaine, la loyaliste, la britannique. Toutes étaient glauques, toutes surestimaient le rôle d'Oliver Cromwell, le vioque à la coupe de cheveux foireuse. J'avais pour ma part une quatrième version à ajouter, la Version Simple : pendant huit siècles, pendant quatre siècles, comme vous voudrez, c'était simplement tout un tas d'irlandais qui tuaient tout un tas d'autres irlandais.

J'ai commencé à faire une petite liste des livres les plus importants lus en 2012. Comment n'en garder que 5. Dur. Il y aurait Le Turquetto de Metin Arditti, Le sermon sur la chute de Rome, de Ferrari et, sûr, Eureka Street.

Bonne lecture

Christine H.

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20 janvier 2013

Départs

J.B Pontalis est parti cette semaine.
Il était né en 1924.
Pour beaucoup de lecteurs, il était là,
jamais au même endroit.
Psychanaliste, philosophe, éditeur...
Il nous a donné ses carnets à lire,
il remplissait des pages et des pages.
Il faisait-fait-partie des auteurs vers lesquels je reviens sans cesse.
Je cherche, je fouille, je tourne autour des pages, entre les lignes.
Pontalis m'inquiéte, me rassure, m'amuse.

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et il est des livres, dans les bibliiothèques
qui sont souvent empruntés.
Dans la mienne de bibliothèque,
ils ne sont pratiquement plus là.
"Tu as ce Pontalis-là ?"
J'en ai perdu plusieurs,, pas rendus.
C'est un signe de bonne santé pour ses livres

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En voici quelques uns
seulement quelques uns.

Psychanalyste, c’est une fonction. Pas un être. Ce n’est pas une identité. J’espère par exemple ne pas l’être avec mes proches, ne pas les bombarder d’interprétations plus ou moins sauvages. Et puis, même parfois dans mon cabinet, je ne le suis pas toujours non plus. Quand j’étais psychanalyste débutant, je me demandais ce que je faisais là : de quel droit ? Je dis souvent que se prendre pour un analyste est le commencement de l’imposture. Et si j’ai réussi à le devenir, c’est bien parce que je ne me suis pas pris pour un analyste. J.B. Pontalis

J'ai décidé de me séparer de ce qui fut longtemps - vingt-cinq années- une part de ma vie. Chaque fois qu'on se sépare -d'un lieu, d'une femme, d'un livre après sa publication-, on se sépare de soi-même.

Il nous faut croiser bien des revenants, dissoudre bien des fantômes, converser avec bien des morts, donner la parole à bien des muets, à commencer par l'infans que nous sommes encore, nous devons traverser bien des ombres pour enfin, peut-être, trouver une identité qui, si vacillante soit-elle, tienne et nous tienne.

Il y a bien des façons de passer à l'acte. Se taire en est une. 

Vous trouverez des biographies et des bibliographies partout,
mais il faut aussi écouter Pontalis :

Chez Alain Veinstein :

http://www.franceculture.fr/emission-du-jour-au-lendemain-j-b-pontalis-2013-01-11

Chez Laure Adler :

http://www.franceculture.fr/emission-hors-champs-hommage-a-j-b-pontalis-2013-01-16

Et, à l'occasion de la sortie de Freud avec les écrivains :

http://www.franceculture.fr/emission-les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance-freud-face-aux-ecrivains-2012-11-02

 Je ne sais pas 
si le vieux philosophe avait le coeur usé
Mais je me serais bien assise à côté de lui
sur un banc pour l'écouter lire ses fragments

En marge des jours :

«Ne pas dater ces fragments. Ils sont pour moi en marge du temps qui passe, de la chaîne du temps. Même quand ils évoquent une circonstance, une rencontre, une lecture d'autrefois, ces circonstances, rencontres, lectures sont mon présent.
Je sors ces fragments des marges de ma mémoire, elle-même fragmentée, lacunaire, pour les porter non au centre - personne n'a en lui de centre ou du moins ce centre introuvable n'occupe jamais le même lieu -, mais pour qu'ils viennent au jour du vif aujourd'hui.»
J.-B. Pontalis.

et puis,
mi-décembre, "C'est moi le plus fort"
a laissé tous seuls les loups, cochons
et chaperons dans la forêt.

Mario Ramos est parti, à 54 ans

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Ce sont ses copains auteurs et illustrateurs qui en parlent le mieux:

« Mario Ramos est mort. Il était somptueusement scrupuleux dans son travail pour les enfants. Il y a à peine huit jours nous parlions tous les deux. De sa difficulté d'être dans la justesse et dans l'honnêteté pour faire ses livres. C'était un souci pour lui. Une préoccupation forte. Je me demandais s'il s'était jamais vu sourire. Ça se voyait qu'il ne pouvait pas être autre que lui-même, le faiseur de miracles de papier et de couleur. Ses livres sont communicatifs. Ça passe de lui aux enfants. Bien sûr en traversant ses mondes, ses douleurs, ses bonheurs. Accostant en fin de contes sur des continents dont il était le seul guide, dans sa main la main de milliers d'enfants. Il avait peur de ne pas être à la hauteur des enfants. C'est la seule fois où on s'est vus. Et là, pour cette peur, c'est mon ami de mon village. Il y en a tant qui se baissent vers les enfants. Lui connaissait ce secret: s'élever jusqu'à eux. »

Claude Ponti

« C'est un coup de massue, ta disparition. Celle d'un garçon, tant tu étais juvénile, l'œil rieur, l'humour toujours à fleur de peau. Concerné, aussi. Révolté plutôt qu'indigné. Généreux dans l'amitié. Et tes albums, au dessin si juste et si tendre : des histoires toute simples, à belle hauteur d'enfance, des albums pour faire peur et pour faire rire, des albums pour apprivoiser les petites misères et les grands chagrins... Des albums à tenir très fort entre ses bras, comme on voudrait tant pouvoir le faire avec toi, Mario, parce que ce chagrin-là, il ne passe pas, il nous laisse sans voix, et c'est trop tôt, trop dur pour les souvenirs. Nous pensons à Andréa, à Tania, et nous mêlons nos larmes à leurs larmes. Et aussi, nous pensons à toi, Mario, où que tu sois. »

François Place

« Nous avons débuté ensemble.
Liés par l'amitié et mon admiration pour ton travail.
Trois livres duos plus tard, tu t'y es lancé seul.
Libéré enfin des histoires des autres, desquelles tu te sentais si prisonnier.
Chacun à sa table de travail, les années sont passées sans que l'on ne sache se retrouver vraiment.
Maintenant que tu n'es plus là, restent les souvenirs toujours vivants et foule de beaux livres qui je le sais ne mourront jamais.
Mon album préféré reste : Quand j'étais petit.
Tu y parles de nos qualités d'enfants.
Cabossées, restreintes ou perdues sur les chemins qui mènent à l'âge adulte.
Chez toi, toutes avaient passées les ans sans égratignures.
C'est pour cela que je t'ai apprécié et aimé.
C'est aussi pour cela que tu manqueras.
Au revoir, Mario. »

 

Rascal

maudet      stehr     englebert

(source Ecole des Loisirs)

Vous pouvez le retrouver en vidéo :
http://www.ecoledesloisirs.com/php-edl/portailvideo/video.php?AUTEUR=231&rub=AUTEUR&envoi_auteur=afficher

et sur son site:

http://www.marioramos.be/

Quelques articles :

http://www.ecoledesloisirs.fr/mario-ramos/ramos13.pdf

http://www.ecoledesloisirs.fr/mario-ramos/ramos12.pdf

C.H

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13 janvier 2013

Libellules

Si l'on veut bien me croire qu'à plus de quatre-vingt-dix ans, elle collectionnait les figurines et les petits jouets que l'on trouve dans les oeufs surprises en chocolat, qu'elle en possédait des centaines, qu'elle exposait sur des étagères spécialement dédiées à cet effet; si l'on veut bien me croire qu'elle s'en faisait acheter par douzaines, brûlant d'impatience d'en retirer le papier d'argent, dans l'espoir, à chaque fois renouvelé, que de nouvelles surprises viendraient encore enrichir sa collection; si l'on veut bien se la représenter, assise derrière cette montagne de coquilles de chocolat brisées, occupée à assembler ses joujoux de ses doigts tremblotants; si l'on veut bien se donner la peine d'imaginer cela, alors on ne s'étonnera pas, non plus, que losqu'un terme fut mis à ses enfantillages, ses héritiers...


libellules

Joël Egloff, prix du Livre Inter en 2005 avec L'étourdissement,
nous livre un recueil de 25 nouvelles.
Des scènes tendres et cruelles, drôles, émouvantes
qui nous questionnent sur la mort d'un enfant,
sur le temps qui passe curieusement,
sur cette voisine qui secoue depuis des années son linge à la fenêtre.
L'enfance, la vieillesse, l'attente devant la boîte aux lettres,
vont être visitées par un unique narrateur qui pose un regard nostalgique,
complice, bienveillant sur tous ces hommes et femmes
qui traversent le monde sur un fil.
Alors, posez sur eux un regard de photographe,
mettez en fond sonore les gymnopédies de Satie
et regardez-les vivre. C'est poétique et bouleversant.

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Pour écouter Joël Egloff parler de ses livres :

http://www.dailymotion.com/video/xs9847_joel-egloff-libellules_news#from=embediframe

Quand j'ai vu qu'on recherchait, en Angleterre, un plombier pour une station antarctique, je me suis dit que ça pouvait pas mieux tomber, parce que ce jour-là, justement, pour différentes raisons, j'avais une furieuse envie de m'en aller passer quelques années, voire le restant de mes jours, en Antarctique.

Et puis je me suis souvenu que je n'étais pas plombier, et que je parlais à peine anglais, alors j'ai su que c'était pas du tout cuit, et pour tout dire, que c'était même perdu d'avance. Et jamais j'ai tant regretté que ce jour-là de ne pas avoir fait de la plomberie, parce que j'aurais pas hésité à postuler sinon, pas une seconde, et si ça se trouve, à l'heure qu'il est, je me ferais moins suer, et au lieu de m'esquinter à essayer de faire des phrases, je serais bien peinard au grand air, assis sur la banquise, à trier mes joints en sifflotant, les rouges avec les rouges, les noirs avec les noirs.

"Une expérience des systèmes de chauffage central serait très appréciée", disait l'annonce. Tout à fait mon profil, en plus, si j'avais été plombier.

Allez vite lire la suite des aventures du narrateur sur la banquise au milieu des manchots.Entre histoire d'amour, rêve et réalité, chaud et froid, le dialogue intérieur du narrateur vous ravira.

Posté par blaise15 à 21:59 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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